Prise de conscience #1, partie I

23 de outubro de 2020

By Manu

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Quelle est votre race?

On ne met pas d’étiquettes, on laisse les gens choisir la leur. La couleur de peau, la race, et tout ce qui y a trait sont la décision de chacun. Le Brésil, celui que moi j’ai pu connaître jusqu’à présent, ou mieux, la part – minuscule, puisque le Pays est immense et varié – de Brésil que j’ai frôlée et qui m’effleure, est un lieu où l’on vous demande de vous autoclassifier, où vous êtes invités à vous racifier pour ainsi dire.

Pourquoi je dis racifier ? Au premier abord, mon sentiment vis-à-vis de cela n’était pas des plus accueillants. Je dis racifier parce que l’on vous impose, déjà au plan administratif, de choisir votre race. La question vous est posée, directement, sans détour : la case est à remplir. Aliás (d’aileurs, je me brésiliannise volontiers parfois!), c’est une case sine qua non. Le formulaire ne peut être clôt, sauvegardé et envoyé sans que le ou la soussigné-e n’ait choisi sa couleur de peau. Non, pas sa couleur de peau, sa race.

Venons en au sens littéraire, c’est-à-dire au sens premier des mots. Vous connaissez des gens qui sont blancs, vous? Je veux dire, blanc comme la couleur blanche. Une couleur blanche, vaut mieux être précis car on sait qu’il y a plusieurs nuances de blanc… Vous connaissez des gens que l’on puisse dire noirs, comme le noir ? L’encre noire, le noir du bitume, ou du charbon ? Ou le noir de seiche ? Rien à voir, ou alors peut-être tout à voir, mais à chaque fois que je pense, je dis ou j’écris le mot noir, je ne peux m’empêcher de me rappeler le noir de Martial, (voir la vie et demie de Sony Lab’ou Tansi) ou encore la Noire de… d’Ousmane Sembène.

Trêve de références, revenons à notre bout de Brésil. Je vous posais des questions. Avez vous déjà vu des gens jaunes, vous ? J’entends jaune, comme du jaune d’oeuf, le jaune de la fleur du Paradis (si un jour vous allez aux Caraïbes…) ou encore, jaune safran ? Ou jaune terra di Siena ?

Moi, j’en ai jamais vu, de ces gens là. Ou alors, dans les dessins animés peut-être. Mais dans la rue, jamais. Et ce n’est pas comme si je n’avais pas bougé de mon village natal…

Donc, vous voulez continuer vos études, disons…au Brésil ! Et vous entamez les démarches. Du côté académique, vous faites tout ce qu’il faut pour que votre candidature à la mobilité soit retenue : les bonnes notes, l’assiduité en cours, le respect des délais, etc… Votre Université d’accueil au Brésil prend alors contact avec vous : vous avez un profil à vous créer dans sa base de données, des matières à choisir pour vous matriculer et une photo de vous à télécharger, afin que l’on puisse lier un visage à vos informations, à vos coordonnés, et à l’ambition que tout le processus dénote certainement chez la jeune personne que vous êtes. Mais rien n’est fait si vous ne remplissez pas la case de la race.

Supposons que vous ayez grandi (je veux dire physiquement, faites gaffe hein) dans une ville, ou plusieurs villes d’Europe. Mais coté mental, vous ne savez pas trop où est-ce que vous avez grandi, où est-ce que vous vous êtes formé, quelles sont précisément les références et leurs origines géographique, politique, culturelle, sociale qui vous ont vraiment fait, défait, formé, déformé enfin bref, façonné. Je n’ira pas jusqu’à dire “forgé”, pas pour l’instant. Soyons patients.

Vous n’êtes pas sûr de ce dernier ensemble d’éléments. Mais vous ne pensez pas à votre peau en ce moment précis. Ou, si vous y pensez, c’est à cause des poils qui n’arrêtent pas de pousser sur votre menton, de l’acné que vous traînez depuis au moins une décennie, de vos vergetures, des rides que vous avez déjà peur d’avoir, ou encore à votre barbe qui ne pousse toujours pas. Vous ne pensez pas à votre peau, à votre couleur de peau. Mais il faut bien répondre à la question du formulaire. Le cas échéant, vous ne pourrez rien conclure.

Et là vous êtes gênée. Vous ne savez pas vous expliquer ce qui vous embête dans cette question. Vous vous grattez la tempe droite ( je ne sais pas vous, mais moi j’ai tendance à me gratter la tempe droite, pas la gauche !). Vous essayez de ratiociner, de cogiter, de réfléchir quoi ! Et là vous comprenez. Ce n’est pas la question en elle-même qui vous embête. Au fond, vous vivez sur une planète ou l’on entend parler de race et de racisme : il y a eu Hitler, le commerce triangulaire, l’esclavage, les lois Jim Crow, l’apartheid, les discriminations, les ségrégations raciales, il y a des marchés en Libye, le Black Friday…

Donc, ce n’est pas la question en elle-même qui vous chatouille. C’est plutôt le fait que vous étiez tranquille, serein (plus ou moins), en paix (plus ou moins), avec vos problèmes d’argent, de couple, de famille, de chômage… Vous étiez tranquille. Et on est venu vous rappeler que vous devez appartenir à une race. Oui oui, vous devez, nécessairement, appartenir à une race.

Sinon vous n’irez pas au Brésil et adieu à votre mobilité!

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